20 août 2007
°° Les chaussons aux pommes
La
petite fille écarquillait les yeux devant la déambulation
des femmes dans la galerie marchande. La plupart étaient déjà
flétries par un emploi harassant, ennuyeux et sans
perspective. Mari indélicat, impuissant et/ou indifférent
en sus. L'enfant se délectait de ce spectacle de déchéance.
Elle appréciait les talons-aiguille, rompus à force de
pas trop brutaux pour annoncer leur arrivée, et les joues
rougies après l'ascension d'un escalier. Le modèle
culturo-sociétal se cassait la gueule, s'essoufflait sous ses
yeux ; ça lui plaisait.
Car
ses adorés, ceux qu'elle voulait être ou avoir, étaient
ces pénis ongles vernis cils longs traits fins muscles plus
que légers ; les utérus hanches étroites
attaches fines poitrine discrète coupe courte ébourriffée.
Chaque
après-midi elle attendait sa maman sur le banc devant le salon
de thé. Elle dégustait un chausson aux pommes pour
patienter. Elle avait pour habitude de se placer près de la
grande fougère, afin de pouvoir observer ces créatures
à travers le feuillage, discrètement. Elle aspirait à
devenir et/ou obtenir un de ces êtres, précieux car trop
rares. Ils étaient pour elle les limites. Elle les aimait.
[...]
La jeune femme se leva du banc et sortit de la galerie. La pluie mouchetait déjà le pantalon noir qui, au ras du sol, protégeait ses bottines de cuir. Elle ne sacrifia pas le Canard Enchaîné pour protéger ses capillaires déjà trempés. Elle marcha sans se hâter jusqu'au bord de la Loire pour voir le courant s'agiter. Elle resserra son foulard.
GARBAGE-ANDROGYNY
envoyé par pierrot77
Commentaires
j'aime les pommes
J'adore cet article, le cynisme, l'obervation par l'oeil de cette petite..au moindre détail pervers!!
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